UNE GUERRE, POURQUOI?

Toutes les guerres qui occupent nos livres d’histoire n’ont pas empêché qu’on réagisse à un conflit armé entre peuples et Etats comme à un événement exceptionnel. Si “Guerre et paix” est le titre d’un roman célèbre, c’est “guerre et monde” qui exprimerait la véritable contraposition, la véritable antithèse. Car on peut bien penser un monde sans guerre, – et la guerre comme un refus du monde, un refus de la vie. Pourtant, si la guerre enrichit les cimetières, elle n’est pas on ne dit pas qu’elle est “un cimetière” ; on dit même souvent qu’elle “enrichit la vie”. Et c’est plutôt la paix qu’on compare à un cimetière, quand on parle de “la paix des cimetières”. Mais, bien sûr, ce n’est pas à cela qu’on pense quand on parle de la paix comme d’une manière de vivre. Une vie, en tant que vie, contient en soi la conflictualité. Mais la conflictualité n’est pas nécessairement la guerre.

C’est là le point qu’on en vient trop souvent à perdre de vue.

La conflictualité entre humains alterne avec la collaboration. C’est bien grâce à cette alternance que l’humanité a pu bâtir depuis ses origines ce progrès qui nous étonne de jour en jour. Mais collaboration et conflictualité ont chacune leur forme propre de dégénération. On pourrait appeler “omertà” la dégénération de la collaboration, et on pourrait appeler “guerre” la dégénération de la conflictualité.

Toute collaboration devient redoutable et même dangereuse quand elle s’exerce sans aucune considération du “bien commun” de la collectivité, de ses problèmes, de ses difficultés. On peut alors la désigner du mot italien “omertà” (accord tacite et solidaire). Sous cette forme, elle peut aller jusqu’à devenir destructive de l’ensemble de la collectivité “ou : de l’“ensemble” du vivre ensemble”. On peut en dire autant de la conflictualité quand elle devient “aveugle”, quand il n’y a plus de sélection portant sur les moyens, car c’est la victoire, rien d’autre que la victoire, qu’on poursuit.

Que la guerre soit une dégénération de la vie conflictuelle, on peut l’affirmer facilement du seul fait qu’on se pose à chaque fois la question de sa cause : “encore une guerre, pourquoi?” – c’est la question qui accompagne chaque début de guerre et que se posent les populations et les combattants eux-mêmes.

Il y a toujours quelqu’un qui tire le premier coup. C’est donc à lui qu’on demande “pourquoi?”. Ses réponses sont de deux types:
– J’ai été déterminé,
– Je me sentais obligé.

Quand on parle de contrainte déterminante, on se réfère à une cause, externe et déterminante nécessitante ; quand on parle de justification, on se réfère à une norme à laquelle on aurait bien pu se soustraire, mais à laquelle on a décidé d’obéir. Dans le premier cas, la contrainte, on remonte à une cause, dans le deuxième cas, la justification, on remonte à une décision.

Mais dans les deux cas, l’origine est un acte unilatéral. Et un acte unilatéral n’est jamais sans alternatives possibles. Il s’ensuit que la différence même entre cause et obligation présente une possibilité d’alternative, car elle est subjective et se réfère à la personne qui agit et non à l’action en soi. C’est le sujet qui doit expliciter s’il se sent déterminé ou obligé. Les autres, ceux qui observent sans être responsables, doivent seulement comprendre : écouter ce qu’il en dit, mais aussi faire parler ce qu’ils observent de lui, – mais écouter et observer, il arrive que ce ne soit pas suffisant. Toute détermination peut être vue comme une décision : la décision de se soumettre à une loi de la nature. Mais alors, la “loi de nature” devient une norme, dont on peut chercher l’origine historique. Et on comprend que, si on oublie cette origine historique, on ne peut subir la norme que comme une nécessité : ainsi la défense de la terre des anciens ou sa reconquête si elle a été perdue ; l’honneur de la nation qui en fait tradition. La conséquence est que les individus qui se refusent à obéir se trouvent aussitôt hors de la communié, ils en sont exclus, ils deviennent des isolés, des suspects, ils perdent tout droit à la solidarité personnelle. Un individu n’est rien s’il n’est pas dans une collectivité reconnue, quelles que soient ses décisions collectives : “right or wrong, my country”.

Une guerre est toujours cruelle et destructrice de richesse. Une guerre n’est pas une guerre s’il n’y a pas des morts, des blessés, des destructions. Les guerres sont toujours sales. Pour que la guerre soit acceptée, il faut donc mettre en œuvre un processus de nettoyage. Et les procédés de nettoyage sont en nombre infini, comme infinie est l’intelligence des hommes, surtout quand elle s’exerce dans l’art de mentir.

La plus grossière, la plus simple, des justifications est de dire qu’“on fait la guerre pour avoir la paix”. Bien sûr, “une autre paix”, car on pourrait, sinon, se dire “si tu veux la paix, préserve la paix que tu as”. Bien sûr “une autre paix”, c’est-à-dire “une paix plus juste”, elle-même le plus souvent résultat d’une “guerre juste”.

Mais pourquoi “plus juste”? Parce qu’elle correspond mieux, d’après certaines croyances et certaines valeurs, à ce que mérite son “peuple” et qu’on est en droit de réclamer pour lui ; ce peut être un port, une montagne, un territoire qui sont habités par des gens “comme nous”. Une guerre est appelée “juste” parce qu’on la commence pour se venger d’un tort.

Autres techniques de justification plus subtiles : celui qui a tiré le premier coup se présente comme l’agressé, il a simplement prévenu l’autre, qui aurait tiré le premier. “Mais il n’a pas tiré” – “Oui, mais il avait menacé de le faire”. Ici, la fantaisie est vraiment à son aise dans l’art de voir une menace dans toute parole, dans toute action de l’autre, même dans sa simple présence. Qu’on se souvienne de la fable du loup et de l’agneau : “tu bois de mon eau”.

Un troisième genre de techniques consiste à se fabriquer un idéal, un but final et suprême. Alors “le but justifie les moyens”. Dans les idéologies nationalistes, cet idéal regarde exclusivement son propre peuple, par exemple “les Serbes”. Alors, je suis serbe (italien, français…), – les problèmes des autres ne me regardent et ne m’intéressent pas. Mais on finit par en arriver à comprendre qu’une guerre unilatérale conduit nécessairement à une paix unilatérale, et donc provisoire, qui, dès son commencement, est déjà destinée à mourir. Alors surgit l’exigence d’une paix internationale, qui concerne plusieurs peuples mais est imposée par un seul. C’est la “pax romana” de l’Antiquité, c’est la “pax americana” de notre temps ; mais il y a eu aussi, en Occident, une paix espagnole, une paix anglaise, etc. Un cas original est la “paix de l’Eglise” au Moyen-âge, à laquelle les “princes chrétiens” étaient obligés de consentir sous la menace d’être exclus de la communauté chrétienne et catholique (universelle). Dans tous les cas, il y a quelqu’un qui se fait policier des autres, et le problème se pose alors de savoir s’il agit vraiment au service de la collectivité, ou de lui-même. Ses interventions perdent la qualité de guerres nationales, du moins en apparence.

Une autre justification, souvent cachée, mais pas trop tout de même, est l’unité de la nation, la cohésion interne, l’élimination des subversifs, la résolution de la lutte de classes. Il faut lui montrer un ennemi, et la nation sera compacte. Ici, l’identité de “nous” se constitue à partir de l’existence d’un autre. Si l’autre n’est pas là, il faut se le poser le poser “pour se l’opposer” : je suis occidental, je dois m’opposer à ceux qui viennent de l’Est ; je suis serbe, je ne peux pas (je ne dois pas…) être croate…; je serai toujours plus serbe en étouffant en moi ce qu’il y a de croate. L’exaspération des différences crée l’identité. Une autre justification encore, souvent cachée, est l’unité de son peuple. On se bat contre un autre peuple pour ne pas se battre entre soi. L’armée nationale pourrait être tentée de s’imposer à l’intérieur si elle n’était pas envoyée contre un ennemi extérieur ; l’armée devient une grande école, qui éduque à la discipline sociale, aux vertus du patriotisme. On observe facilement que les pays autoritaires et militaristes sont souvent les moins totalitaires, les plus libéraux à l’intérieur. Mais là, on touche à la différence entre guerre externe et guerre civile. Une opinion courante est que seules les guerres externes ont le droit d’être appelées “guerres” ; les guerres entre citoyens qui avaient un Etat en commun sont difficiles “faciles ?” à confondre avec une “révolution”. “Et, de fait,” Toute révolution aboutit à une guerre civile, ou à des guerres externes, s’il arrive un “Hercule qui sait étrangler le monstre” (Napoléon par Chateaubriand). Mais, parvenu là, le discours tend à devenir trop large…

Paolo Facchi

ALBERTO TOSCANO: MISOGALLO INNAMORATO

“I francesi sono degli italiani di cattivo umore”. Alberto Toscano, storico corrispondente da Parigi, fa dire a Jean Cocteau qualcosa che è una delle idee innervanti il proprio libro Critica amorosa dei francesi (Novara, Interlinea, 2011, con una presentazione di Corrado Augias), traduzione italiana di un lavoro appena uscito in Francia. Che Toscano, presidente della stampa europea in Francia, sia uno tra i corrispondenti più autorevoli ed efficaci, lo attesta tra l’altro l’intervista fattagli sul caso Cesare Battisti da leJDD/ Journal du Dimanche (la riportiamo a complemento di questa nota e di quanto pure pubblichiamo di Critica amorosa).

Il quale libro è come un body scanner degli aeroporti: quasi niente della realtà moderna dell’Esagono (amano chiamare anche così la Francia) sfugge a Toscano, questo novarese d’Alesia perspicace e spesso perforante, però mai bilioso e anzi sorridente (“in 21 secoli la storia è cambiata a più riprese. Speriamo Parigi se ne accorga”. Quest’ultimo è un rilievo sul “supercentralismo parigino, sempre più anacronistico”). Il libro è organizzato come commento (confutazione/conferma) a una schiera di luoghi comuni sui nostri cugini.

Ogni straniero coltivato, nell’Atene di Clistene, nella Roma imperiale, a Londra o a Berlino dei nostri giorni, è esposto alla tentazione di vendicarsi antipatizzando delle ineluttabili difficoltà del non essere indigeno, d’esser visto (dalla parte ignorante dei locali) come metèco. Alberto Toscano sfugge alla tentazione, anzi si fa spesso allegro giudice dei discendenti di Vercingetorige sfortunato avversario di Giulio Cesare. Come si diverte, e fa divertire, il Nostro a celiare sull’impegno che fu messo dall’Eliseo per ottenere che la chateaubriand più altri commestibili e vini di Francia venissero proclamati ‘patrimoni dell’umanità’. Lepida chiosa di Toscano: ‘a ciascuno i suoi castelli in aria’.

Altrettanto felice l’osservazione: “La pietra filosofale made in France è la frase ‘non abbiamo petrolio, abbiamo le idee”. Conseguenza di tanto concetto di sé -pensano che l’Europa sia una Francia in grande- è un boomerang: ad ogni modesto rovescio i francesi temono d’essere in declino, lamentano che la loro ‘eccezione culturale’ sia in crisi, si impermaliscono quando viene loro ricordato, per dirne una, che Charles De Gaulle favoriva il maquillage della storia nazionale, col cerone dell’ambizione, ‘nel nome di ideali superiori’.

Uno dei miti fioriti in Francia dopo il 1936 fu il Front Populaire, ‘momento magico’ del progressismo. Saviamente Toscano nota che il suo artefice Léon Blum dette ai francesi, per la prima volta, le ferie pagate e la settimana di 40 ore, ma ben poco di più. In compenso il Fronte non fece nulla contro il colonialismo di Parigi, aiutò di scarsa voglia la Spagna governata da un Frente Popular gemello e non abolì la ghigliottina (comportava anche la macabra esecuzione in pubblico). Due Costituzioni dell’ultimo dopoguerra, del 1946 e del 1958, non cancellarono la pena capitale.

Il fiorire abnorme del business del lusso e della moda è uno dei non pochi vizi comuni a Francia e Italia: “i sauditi hanno il petrolio, gli ivoriani il cacao, i francesi e gli italiani il lusso”. E’ cattivo segno quando i trionfi dell’effimero, del superfluo e del tamarro più o meno sofisticato si sostituiscono ai voli alti di glorie meno dozzinali.

La fase storica, dai francesi rimpianta, che andò dalla ripresa impetuosa dopo le sciagure del 1870 alla fine della Belle Epoque nel 1914, fu come sappiamo lo zenit del parlamentarismo, pretesa ‘realizzazione della volontà popolare’. In realtà, sottolinea Toscano, fu l’avvento di una grossa oligarchia borghese di professionisti della politica. Oggi, con la correzione monarchica del sistema imposta da De Gaulle e dai suoi successori, Mitterrand in testa, la partecipazione dei cittadini può risultare persino più bassa che in Italia. Quanto all’imperversare nel vissuto francese dell’aggettivo -come a dire corretto, civico, fedele al retaggio giacobino- esso è, rileva Toscano, uno ‘choc per lo straniero’. Lo è pure la concordia bipartisan su varie ubbie: la ‘vocazione universale’ della Francia (“come se il paese avesse bisogno di Sarkosy per guadagnarsi il Paradiso”); l’imperativo della laicità in teoria vigente in 64 milioni di cittadini; i fasti del nucleare nazionale. Quanto a quest’ultimo: oltralpe l’uomo della strada è proprio fiero dell’atomo. Toscano però ricorda l’ingloriosa chiusura dell’ipergeneratore Superphénix.

Tutto ciò premesso, sarebbe sbagliato leggere Critica amorosa come testimonianza antifrancese. Intanto è ‘amorosa’. Di fatto Toscano si confessa fiero di appartenere anche al contesto francese. Visto dall’esterno, il suo è un atteggiamento equanime e cordiale piuttosto che severo. Egli non si accanisce, come chiunque di noi potrebbe, sui profili più dolorosi e insani del patriottismo guerrafondaio, massima delle sciagure della Francia: un milione e mezzo di morti francesi, più tutti gli altri, di una Grande Guerra voluta dagli sciovinisti di Raymond Poincaré nel disegno quasi miserabile di recuperare due provincie perdute nel 1870; perdute per quell’autentico accesso di follia gallica che fu l’impresa antiprussiana dei marescialli e ministri di Napoleone III. La guerra dichiarata nel 1939, conseguenza obbligata del ‘trionfo’ di Versailles, si risolse in un paio di settimane nella più grave disfatta della storia. Vennero poi le sconfitte e le ignominie di tutti i tentativi per conservare colonie nel Nord Africa, nel Levante, in Indocina.

Toscano ha la mano leggera sui parossismi risalenti a Georges Clemenceau ‘veillard sanguinaire’, il quale viveva e operava nella fede “en notre Armée, en notre Race”. Clemenceau arrivò, oltre che a far fucilare vari défaitistes di medio rango, ad incarcerare un ex primo ministro, Joseph Caillaux, il quale aveva tentato di fermare con un negoziato invece che con la Victoire gli stermini della Grande Guerra, allora i peggiori della storia.

Su molte altre colpe della Francia Alberto Toscano ha voluto sorvolare. Perché? Per l’orgoglio, suo e di tutti noi, d’essere parenti così vicini degli adorabili mascalzoni che popolano la patria di Claude Debussy. D’essere eredi di uno stesso retaggio luminoso. Critica amorosa si affianca ad altri testi significativi che raccontano un orgoglio che è anche nostro.

Non hanno concluso, Cocteau e Toscano, che i francesi sono italiani di cattivo umore?

AMC